La charnière thoraco-lombaire

Articulation majeure du cheval de dressage (et d’obstacle) s’il en est, la charnière thoraco-lombaire est déterminante dans la locomotion du cheval et notamment la transmission du mouvement à travers le corps entier. S’il est artificiel de la séparer du reste, son observation reste néanmoins intéressante et parfois édifiante.

Chaque cheval a une locomotion et une logique biomécanique dans ses allures (et son coup de saut) dont les caractéristiques fines lui sont propres que l’on peut apprendre à observer, avec le temps. Elle se définit en bonne partie par la génétique, ce qui inclut la conformation mais aussi l’usage réel de celle-ci à travers ses différentes allures.
Un cheval ayant de grandes capacités au rassembler n’est pas forcément celui aux allures les plus spectaculaires, et inversement un cheval aux allures spectaculaires, qu’il ait de la force ou non dans les postérieurs (et là aussi, si cette dernière est loin d’être la seule à rentrer en jeu, la charnière thoraco-lombaire peut être un facteur limitant ou facilitant), n’a pas forcément une capacité immense pour le rassembler.
Elle peut posséder une faible mobilité et donner une plus grande liberté d’épaules dans le galop et le rendre tout à fait impressionnant à regarder tout en conservant une bonne amplitude des postérieurs (quand le cheval engage les postérieurs sous la masse, il peut alors mécaniquement gagner en mouvement vertical), comme elle peut, dans un autre cas, avoir une incidence sur l’engagement du cheval comme facteur limitant. De la même façon, un cheval qui se ploie fort à ce niveau (grande mobilité) peut gagner lui aussi en hauteur pour dégager ses épaules et gagner de l’amplitude (antérieurs comme postérieurs), mais s’il n’a pas de réel moteur dans l’arrière main pour supporter cette machine et/ou que la jonction thoraco-lombaire manque de puissance, là encore on se retrouve dans une mécanique impressionnante et cette fois inefficace. À noter que si l’engagement des postérieurs est très important il est à différencier de la force de poussée des postérieurs (et là on dit du cheval qu’il a “de la force”, on ne parle pas simplement de la masse musculaire relative à la croupe et la cuisse mais leur efficience). Un cheval peut avoir un très bel engagement mais pas de force, et donc une cadence naturelle mauvaise ou difficile, qui nécessitera un travail adapté à cette caractéristique tout au long de sa vie.

Cette question-là, bien qu’elle ne soit pas la seule à prendre en compte lors du choix d’un cheval, est, même si elle n’est pas nommée, prise en compte dans les choix d’élevage parmi tant de critères importants : facilité sous la selle, placidité, sang, orientation de *insérez ici différents critères morphologiques*, proportions, qualité des tissus et aplombs, etc, etc et s’adapte selon le croisement recherché et la volonté commerciale assortie. (non, ce n’est pas un gros mot : on a besoin d’énormément de types de chevaux différents, parce qu’il y a énormément de cavaliers différents, aux ambitions et recherches différentes, aux sensations différentes, aux préférences différentes). Avez-vous déjà prêté attention de façon suivie aux débuts puis à la confirmation de la carrière de certains étalons, par exemple ? (la qualité des juments choisie est évidemment majeure, mais moins évidente à connaître car carrière sportive/de démonstration plus courte et souvent mal connue du grand public, alors qu’il est facile de trouver des vidéos de différentes années d’un étalon) Parfois, pour certaines raisons, dont un fonctionnement limité de l’articulation thoraco-lombaire, ils n’arrivent pas à s’employer différemment une fois en âge d’attaquer le travail du rassembler et semblent stagner dans l’évolution de leurs allures, qui peuvent parfois rester dans une tendance horizontale, ou dans d’autres cas juste les gêner pour développer un beau travail du piaffer/passage. Car oui, les allures évoluent avec le temps, la préparation et le travail, même pour les chevaux les plus exceptionnels ! Il y a d’autres indices que l’on peut relever quand le cheval est à l’aise sous la selle (emploi dans les incurvations et sur le cercle), ou même dès la longe (aisance naturelle dans les transitions).

Néanmoins, si en prendre conscience lorsque l’on veut évaluer un cheval est une bonne chose, on en fera pas forcément un facteur rédhibitoire en tant que cheval de sport : un cheval aux belles qualités d’allures avec un bon rythme naturel et de l’équilibre, dont la mise en main est facile a de bons arguments pour vous faire craquer et vous emmener au prix tous les week-ends.

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