Une longueur d’encolure fonctionnelle

Aujourd’hui, nous tentons de répondre à une question ô combien légitime :

Comment savoir si mon attitude de travail est fonctionnelle ?


En dressage, il faut l’avouer, on aime bien se poser plein de questions, se demander comment les choses marchent ou pas…Et se demander si notre perception correspond bien à ce qu’il se passe. Et là c’est un autre jeu !
Une attitude de travail doit permettre au cheval d’engager son arrière-main sous la masse, de soutenir son garrot, mais aussi de se servir de son encolure pour s’équilibrer et accomplir chacune de ses foulées sans traumatismes inutiles.

De suffisamment « court » pour arrondir le cadre…
… À aussi « long » que possible pour que le cheval puisse utiliser son encolure souplement sans comprimer les cervicales basses.

Enjeux biomécaniques de la « rondeur »
Comme on l’a abordé dans le dernier webinaire, un des enjeux de l’attitude de travail est de venir contribuer au soutien du segment C5/C6/C7/début du thorax via notamment le relâchement du muscle rhomboïde et la contraction de ses antagonistes, le longus colli et le scalène ( pour les curieux, une source assez complète sur ce qu’on sait des structures en jeu ici : https://www.thirzahendriks.com/post/balancing-the-equine-ne ), et la libération des voies respiratoires aussi par ailleurs.
Et une fois en selle ? En tant que cavalier, vous fixez le cadre et sa longueur notamment via votre longueur de rênes. Elle doit être adaptée à l’équilibre de votre cheval, son âge et son niveau d’entraînement actuel. Il n’y a bien entendu pas une seule longueur ou une seule attitude à un moment T pour un cheval C, mais bien une palette plus ou moins large qui y corresponde.

Une attitude basse et longue nécessite du cheval une certaine souplesse des chaînes musculaires dorsales pour avoir un engagement des postérieurs bien plus ample compensant le déséquilibre que cela cause vers l’avant. Utile en gymnastique, problématique pour des raisons évidentes de fonctionnement écologique en utilisation seule et prolongée. (il y a d’autres moyens d’assumer une attitude basse et longue qui n’incluent pas forcément ni équilibre ni engagement 🙂 gardez votre cheval frais à cette attitude, en ne lui demandant pas plus que ce qu’il est capable de faire sans compromettre son équilibre). Une attitude haute (et donc mécaniquement plus courte) nécessite un renforcement musculaire avec des muscles profonds en place pour éviter que le cheval compense le jeu du ligament nucal par les chaînes ventrales, sans contracter ou crisper sa ligne dorsale.

Fixer sa longueur d’encolure
Vous devez fixer votre longueur d’encolure de façon stable dans le temps ou au cours de votre exercice, de sorte que le cheval ne vienne pas s’appuyer sur vos mains jusqu’à glissement des rênes ce qui induit très souvent une descente du garrot. Néanmoins, votre but est alors d’obtenir un engagement et une amplitude de travail des postérieurs (horizontalement vers l’avant et/ou verticalement) et que ce soit ainsi le cheval qui en agrandissant sa foulée allonge ses chaînes dorsales et vienne « remplir » votre contact, plutôt que vous qui cherchiez à le retenir ou le « ramener » quand les difficultés arrivent. Une véritable aide est alors de ne pas demander à votre cheval de pousser droit devant lui jusqu’à vos rênes (ce qui lui demanderait beaucoup d’efforts pour se fléchir et s’arrondir correctement) mais de toujours le travailler organisé vers la droite ou vers la gauche, même de façon légère, jusqu’à ce qu’il soit capable d’assumer la rectitude. Pour récupérer un équilibre qui serait parti en fumée pour une raison ou pour une autre (ne serait-ce que parce que quelqu’un a ouvert son parapluie au loin !) n’hésitez jamais à utiliser une incurvation raisonnable (et physiologique, qui permette à tout le corps de se fléchir de façon régulière jusqu’à la queue) pour aider le cheval à s’organiser dans l’abduction de son thorax.
Un cheval qui engage va allonger son encolure souplement jusqu’à remplir son contact : vous avez alors la sensation que c’est lui qui vous emmène dans le contact plutôt que l’inverse, de façon stable et souple. Vous devez ressentir la poussée des postérieurs qui atterrit entre vos mains. Si le cheval pèse, il est en déséquilibre. Si vous n’avez pas de contact en retour, il n’est pas connecté de l’arrière vers l’avant et ne soutient pas son thorax.


Comment voir si le cavalier pousse suffisamment le cheval vers son contact ?

Nous allons nous pencher sur une situation de gentille catastrophe : à un moment dans une épaule en dedans, le cheval passe derrière la jambe, perd en engagement et donc son cadre va mécaniquement se raccourcir…Pour le cavalier, ses rênes deviennent flottantes en même temps que le cheval devient lourd entre ses jambes. Le réflexe est souvent de « recréer » cette sensation de contact qui est la plus facile et évidente à portée : on comble le vide en raccourcissant ses rênes ou en augmentant par nous-mêmes la « franchise de contact » perdue. Le cheval termine alors de s’éteindre, de se tordre ou encore de se mettre en travers en augmentant dramatiquement l’angle de l’exercice : en somme, il se retrouve en incapacité de retrouver son engagement et finit donc de se traverser. En général on secoue par la suite énergiquement un cheval qui cette fois est coincé malgré nous…
Lorsque le contact disparaît, veillez à lui faire remplir ses rênes et ne soyez pas pressé : cela va prendre quelques foulées, et l’agrandissement de son cadre dans vos rênes nécessite qu’il ne perde pas sa décontraction (s’il répète des foulées plus rapides et toujours courtes, vous pouvez vous éloigner de vos objectifs !)

Par ailleurs, s’il y a problème d’oxygénation vous devriez être mis en alerte par un manque de souplesse musculaire général au cours de votre travail, des crispations, une respiration saccadée, une fatigue et une sudation exagérée. Si votre contact est souple dans vos rênes, ne vous en faites pas tant :). Si par contre votre cheval se durcit anormalement vous devez pouvoir lui donner votre rêne intérieure librement à tout moment et attendre qu’il se décontracte dans cette rêne flottante et aille la remplir là encore de lui-même. Rien n’est gravé dans le marbre ni trop tard pour rectifier son erreur !

L’accord des aides

On peut alors dissocier plusieurs types d’actions de jambes : si le cheval se contracte et se raccourcit, on va rapprocher ses jambes pour accompagner progressivement le cheval à agrandir ses foulées, plutôt qu’être dans des actions courtes et rapides qui l’activeraient trop vite. Et le contact ? Vous pouvez reprendre juste une tension de rêve de l’ordre du toucher sur votre rêne extérieure pour aider le cheval à garder ou retrouver son organisation d’équilibre, et garder la rêne intérieure telle quelle (donc flottante) jusqu’à son retour « avec vous ».
Veillez à garder voire renforcer votre équilibre et votre propre engagement du bassin vers l’avant, les omoplates rapprochées et en tension, avec la tête et le regard libre et dégagé. Si vous basculez en avant en rompant votre équilibre, vous pouvez totalement empêcher votre cheval de retrouver le sien en engageant sous la masse.

Sportivement vôtre,

Emeline Debuire