Gérer la frustration

S’il est un sentiment que tout le monde expérimente et les cavaliers parfois un peu plus que d’autres, c’est bien la frustration. Dans la vie comme avec les chevaux, on ne maîtrise pas tout et l’accepter pleinement est un challenge auquel on est tous confrontés un jour ou l’autre

.La communication entre humains et chevaux

La communication entre un prédateur bipède et au langage parlé très fourni comme nous et les proies de fuite que sont les chevaux sont un challenge sans cesse renouvelé, mais rassurez-vous : nous sommes des animaux sociaux et grégaires tout comme eux, et qui plus est, ils sont loin d’être soumis aux colères de nous autres : voilà un beau terrain d’ouverture et de facilitation de la discussion !

Chaque cheval a son tempérament, son physique, ses sensibilités, ses sources de gêne et de douleur aussi, et sa propre gestion des émotions. Rappelons que lorsqu’un cheval a peur, il ne craint pas d’être blessé, mais en tant qu’animal proie, il craint sa mort. Une façon plutôt efficace d’enrayer les processus cognitifs malheureusement… Et un cheval soumis à la peur est incapable d’apprendre et de se développer physiquement non plus.

L’apprentissage en « zone émotionnelle protégée » peut permettre d’éduquer et de prévoir des situations complexes en apprenant au cheval une réponse ou une nouvelle réponse pour l’avenir suite à des stimuli aversifs. Cela permet en outre de décortiquer étape par étape ce qui est réellement source de conflits et ce qui est toléré ou déjà compris par le cheval. Un article illustré de l’ESI (Equitation Science International) par ici sur le sujet -> Stop Arguing !

Diminuer la tentation de céder à la frustration : la réflexion critique (et donc les connaissances théoriques)

Dans le feu de l’action il est difficile pour nous parfois de raisonner normalement et c’est la raison pour laquelle de solides bases techniques et théoriques intégrées sont si importantes. Fini l’équitation enseignée comme une théologie à coups de grandes vérités : savoir pourquoi et comment ce que l’on apprend reflète le niveau relativement actuel de connaissances sur la réalité qui nous entoure et avec les chevaux. Et j’ai quelque chose à vous dire….On est très loin d’avoir finir d’en apprendre y compris sur des choses qui nous feront tomber de nos chaises !Ce n’est pas grave d’avoir pratiqué quelque chose d’erroné sur des bases que l’on a pensées vraies à une époque, et il est toujours temps de s’adapter à l’avancée des connaissances pour mieux agir.

Avoir une réflexion critique lorsqu’on tombe sur un problème gros ou petit avec un cheval, c’est mettre de côté toute émotion et ses manifestations (ce qui n’est pas toujours évident quand votre espérance de vie semble diminuer comme peau de chagrin), toute anticipation, toute pression sociale…Et ne garder que ce qui est rationnel et technique : que vais-je pouvoir mettre en place pour proposer rapidement un autre comportement à mon cheval ? La véritable folie, c’est d’utiliser toujours les mêmes actions encore et encore et d’espérer des conséquences différentes.

Dresser un plan pour la suite des événements

Eviter la frustration c’est aussi avoir des plans et scénarios pour résoudre la situation : on n’est plus face à un mur constitué de nos incompréhensions mais face à des perspectives de résolution. Les solutions de soin, matérielles et d’apprentissage peuvent être mises en place en parallèle. Si une ne marche pas… Construisez-en une autre qui convienne à votre cheval ! Dans cette optique, on gagne toujours du temps avec un encadrement de qualité : l’entraîneur pourra voir certains aspects de difficulté que vous n’avez pas perçus comme étant majeurs, et pourra voir un nouveau plan d’attaque. Lui ne devrait pas avoir vos réactions émotionnelles (qui passent de « je suis un terrible cavalier » à « je devrais arrêter l’équitation, mon pauvre cheval » ou encore « si j’arrive MÊME PAS à faire ça, comment j’ai pu oser prétendre avoir des ambitions ? » ) qui sont le frein principal à une réflexion raisonnée et efficace. Avec les chevaux, on passe d’une problématique à une autre, d’un excès à un autre, mais c’est savoir les anticiper et les doser qui nous permet de garder nos objectifs finaux réalistes au bout. Quand le cheval tombe vers un excès qui nous était profitable à l’étape précédente, on sait qu’on doit mettre en marche la phase suivante. Ce n’est pas parce que vous allez dans la bonne direction que tout est parfait ou le reste : ce qui est justement passionnant dans le vivant, c’est qu’il a besoin de stimulation pour ne pas s’endormir sur ses lauriers ! Soyez un bon professeur qui donne envie à votre cheval de prendre vos cours toute la semaine. Il ne doit pas avoir peur de se tromper, et vous ne devez pas vous inquiéter non plus qu’il le fasse. C’est normal, c’est ainsi qu’il est capable d’apprendre.

Les questions à se poser

– Mon cheval est-il en défense ?
-A-t-il un inconfort que j’aurais provoqué malgré moi ? Ou une douleur physique non diagnostiquée ?
-Pourquoi trouve-t-il que le comportement incriminée est une bonne solution ?
Que fais-je dans ma réaction qui l’incite à le continuer ? Y-a-t-il dans ma réaction quelque chose qui l’empêche d’apprendre un nouveau comportement ?
– L’enchaînement des apprentissages ou exercices lui fait-il anticiper quelque chose qui provoque ce comportement ?
Selon les questions trouvant réponse ici, la suite des événements peut prendre des visages complètement différents.

Sportivement
Emeline Debuire
www.integre-training.com