Traduction : The Use/Misuse of Leadership and Dominance Concepts in Horse Training

Article d’origine :

http://www.eurodressage.com/2018/12/27/usemisuse-leadership-and-dominance-concepts-horse-training?fbclid=IwAR3lhCDFK1r002lzfirq-CGycQE9Kyf2bSUDW3pV8qMMOGcg1XyLms9Nf7U

Traduction complète d’Emeline Debuire


L’usage/L’abus des concepts de leadership et dominance dans l’entraînement du cheval.

Les hiérarchies de dominance, positions d’alpha ou de leader des groupes sociaux de chevaux sont des concepts inventés par les humains, qui ne devraient pas constituer la base des interactions humain-cheval. Les chevaux sont des animaux sociaux qui interagissent les uns avec les autres à un niveau bilatéral (c’est-à-dire que chaque cheval a une relation individuelle avec chaque autre cheval), et il est invraisemblable qu’ils ont le concept d’un ordre de rang social qui inclue tous les membres du groupe.
L’étude des capacités cognitives équines suggèrent qu’il est peu probable qu’ils aient la capacité mentale de faire une telle conception. Alors que les membres d’un groupe plus âgés et plus expérimentés peuvent connaître leur rang global et peuvent mener les membres du troupeau vers des lieux où sont disponibles la nourriture, l’eau ou un abri plus souvent que les membres plus jeunes et moins expérimentés, il n’y a pas de preuves solides que la place de leader soit unique à des individus spécifiques du groupe social.
Baser les interactions homme-cheval sur un concept de domination pourrait être nuisible pour le bien-être du cheval. Il y a malheureusement des exemples de cavaliers, entraîneurs et professionnels qui – croyant devoir se placer dans une « position alpha » avec leur cheval – recourent à des méthodes d’entraînement et/ou pratiques qui suscitent la peur et, dans certains cas, peuvent revenir à de la maltraitance. Dans la nature, les chevaux éviteront les conflits plutôt que de les chercher. S’ils sont approchés par un individu agressif, le type de comportement prédominant qu’un cheval est la fuite ou l’évitement. Les entraîneurs, cavaliers et autres professionnels doivent viser à établir une relation claire et consistante avec leurs chevaux dans le but de sauvegarder le bien-être du cheval. Ils devraient être avertis des répercussions possibles à décrire leurs interactions avec le cheval et leurs méthodes de travail dans le contexte d’une organisation sociale.

Organisation sociale des chevaux sauvages vivant en milieu naturel

Les chevaux sont des animaux hautement sociaux et vivre ensemble dans un groupe est essentiel à leur survie. La compétition sur certains ressources (comme la nourriture ou un abri), qui est plus commun sous des conditions domestiques qu’en conditions naturelles, peuvent résulter en comportements agonistiques (agressifs et de soumission) entre deux -ou plus -membres du groupe. Dans la plupart des cas cela apparaît comme une menace plutôt que comme une agression physique. Dans le groupe, les chevaux peuvent être en concurrence pour les ressources mais ne montrent aucune motivation à dominer les autres en soi. Le reste du temps, ils essayent d’éviter le conflit. Dans des groupes sociaux établis, les membres individuels ont appris quels chevaux ils peuvent pousser et quels chevaux ils devraient éviter au cours des affrontements de concurrence. Cette connaissance est probablement basée sur une série de relations bilatérales, et non pas selon un rang social de chaque membre du groupe.

Dans des conditions naturelles presque tous les chevaux vivent en groupes sociaux. Même dans des zones dépourvues de grands prédateurs, les chevaux solitaires sont rares. Le groupe social le plus stable est une bande consistant en un étalon et un certain nombre de juments, et leur progéniture (Keiper, 1986). Les membres de la bande restent aussi ensemble en dehors de la saison de reproduction. Les juments peuvent être sans lien mais forment des relations proches et souvent à vie entre elles (Cameron et al., 2009). Si une bande est approchée par un autre étalon, l’étalon du groupe regroupera ses juments ensemble en les encerclant, baissant sa tête presque au sol et couchant ses oreilles en arrière (décrit comme le comportement pour mener). C’est la seule situation dans laquelle les étalons contrôlent les mouvements des juments (Berger, 1986).

Concurrence

Vivre dans un groupe améliore les chances de survie mais peut aussi créer de la concurrence entre les membres du groupe qui pourrait résulter en comportements mortifères impliquant l’agression, les menaces d’agression et comportements de soumission. L’agression chez les chevaux impliquent des coups de pied et morsures. Les signes de menace incluent des expressions faciales (oreilles couchées en arrière avec possiblement les incisives découvertes), lever délibérément un postérieur et/ou fouailler de la queue. Les comportements de soumissions consistent de façon prédominante en comportements d’évitements. Quand ils sont menacés par un adversaire plus fort qu’eux, les chevaux s’écartent, tenant leur tête basse et la queue rentrée, une posture corporelle qui peut signaler la soumission. La bouche qui claque, aussi appelée « snapping », est considérée par certains comme signifiant aussi la soumission. La bouche qui claque consiste en des mouvements verticaux de mâchoire pendant que les lèvres couvrent les dents de devant et les coins de la bouche sont tirées en arrière (Henshall et McGreevy, 2014). Ce comportement est souvent observé chez les jeunes chevaux quand ils en approchent de plus vieux (Waring, 2003).
Chez les chevaux sauvages, l’agression est le plus souvent vue dans deux situations spécifiques : l’une, quand les étalons se battent pour des juments et le second quand les juments protègent leur progéniture nouvelle-née. La position d’un étalon de bande est fréquemment remise en question par de jeunes étalons ou des étalons de bandes avoisinantes. La plupart des accrochages impliquent une sortie de menace affichée, néanmoins très peu résulte dans une agression réelle. Cependant, lorsque le combat se produit, il peut être intense et mener à des blessures sérieuses. La plupart des étalons de bande ont de nombreuses cicatrices et blessures (Berger, 1986).
Une jument est très protectrice avec son poulain nouveau-né. Elle se positionne entre le poulain et les intrus, prédateurs potentiels et même des amis de troupeau familiers, en montrant un comportement menaçant. Ce comportement a été mal interprété auparavant comme la jument montant de quelques grades dans la hiérarchie après le poulinage.
Dans des conditions domestiques, la plupart des compétitions entre les chevaux sont concentrées sur la nourriture concentrée. Dans des troupeaux de chevaux vivant dans un groupe relativement stable, les agressions sérieuses sont peu fréquentes. Lorsque deux chevaux se défient, un parvient à faire bouger l’autre et à accéder à la ressource. Uniquement de façon rare 3 chevaux sont impliqués dans des combats réels. À chaque affrontement, les chevaux apprennent sur leur capacité à conserver les ressources vis-à-vis d’un autre cheval. Cela affecte les futurs conflits entre les deux participants. Les scientifiques y voient le potentiel de sauvegarde de ressources de l’animal. De même, leur rang par rapport aux autres chevaux du groupe est susceptible d’être formée au niveau bilatéral et non sur la base du concept de hiérarchie sociale globale.

Hiérarchie de dominance

Bien que la dominance existe à un niveau bilatéral et peut contribuer à l’apprentissage qui sous-entend le rang social, il n’y a actuellement aucune preuve que les chevaux aient le moindre concept de hiérarchie.
Le concept de hiérarchie de dominance a été proposée par la biologiste Norvégienne Schjelderup-Ebbe, qui a décrit un « ordre hiérarchique » dans des groupes de poules. Depuis, l’idée que des animaux sociaux forment une structure sociale basée sur le rang des membres du groupe est celle qui a prévalu parmi les scientifiques. Beaucoup d’études ont tenté d’établir un ordre de rang en observant des affrontements agonistiques entre les membres d’un groupe. De telles observations ont généralement révélé le rang de quelques animaux du haut de la hiérarchie; et, possiblement, quelques uns des chevaux tout en bas. Néanmoins, ces études ont rarement été capables de discerner un ordre de hiérarchie clair des membres du groupe dans les rangs moyens, simplement parce que ces animaux n’ont pas montré d’agressivité entre eux. Pour révéler le rang de tous les membres d’un groupe, on conduit des tests par paire. Les membres du groupe sont exposés à un affrontement agressif (en général pour de la nourriture), et toutes les combinaisons de membres du groupe sont testés (c’est-à-dire A contre B, C, D, etc; animal B contre C, D, etc), ce qui résulte par exemple en D>A>C>B. Il peut aussi arriver que deux individus partagent une ressource, auquel cas ils sont considérés comme partageant le même rang social. Ce même animal qui peut en déplacer un autre dans une situation de concurrence ne fait aucun doute. Nous pouvons appeler le cheval qui réussit à en déplacer un autre le « gagnant », le « dominant », ou « l’alpha » et l’individu déplacé le « perdant » ou le « subordonné » ; si le langage utilisé pour décrire le résultat ne fait référence qu’aux deux animaux impliqués dans l’accrochage. Il est probable que les deux animaux vont apprendre et se souvenir pour un long moment le résultat de la lutte, à la fois dans un contexte similaire et éventuellement aussi lors de conflits portant sur d’autres ressources. Néanmoins, il n’y a aucune raison de croire que les chevaux cartographient les relations dans leurs cerveaux ou qu’ils se donnent eux-mêmes un rang par rapport à tous les autres chevaux.Altmann (1981) déclare que « les relations de dominance sont une invention, pas une découverte. Elles existent dans l’esprit et dans les livres de l’observateur humain. À quelques exceptions près, cependant, rien dans le comportement agonistique des animaux n’implique une capacité à faire de telles abstractions. » 

Leadership

Le leadership et ses attributs ont été largement étudiés chez les mammifères (voir Hartmann et al., 2017 pour un article sur les chevaux). Cela décrit le processus de l’influence sociale dans lequel des leaders spécifiques semblent guider les actions des membres du groupe (c’est-à-dire changer l’activité ou le lieu). Le leadership peut être défini de deux manières :
L’une est celle que Syme and Sème (1979) appelle « leadership social » , qu’ils définissent comme « le contrôle de l’agression entre les individus au sein du groupe, et la protection des autres membres quand le groupe fait face à une menace ou un prédateur ». S’il y a un étalon de bande, il est presque exclusivement responsable de la protection du groupe. En outre, des observations ont montré que les étalons comme les juments peuvent intervenir pour mettre fin à des combats entre les membres du groupe (van Dierendonck et al., 2009).
Une autre définition du leadership est le « leadership spatial » qui fait référence à quand et où le groupe se déplace. Historiquement, on croyait que soit l’étalon, soit une jument plus âgée était responsable pour le leadership spatial et décidait où le groupe devait aller. Cependant, des recherches récentes ont interrogé si certains chevaux pouvaient se voire attribuer des rôles de leadership consistants (stables dans le temps) (Krüger et al., 2014; Bourjade et al., 2015), quel effet a le rang pour susciter l’envie des autres membres du groupe de suivre un individu, et quel effet le tempérament individuel et le lien social ont-ils sur l’initiation du déplacement (Krüger et al., 2014; Briard et al., 2015). Ces études indiquent que le leadership n’est pas unique à un membre spécifique du groupe mais que n’importe quel cheval du groupe peut initier le déplacement du groupe. Par exemple, Bourjade et al. (2009, 2015) ont mis au jour un leadership partagé dans des groupes de chevaux de Przewalski et ont conclu que le processus de prise de décision antérieur au déplacement était en partie partagé et était largement basé sur le comportement de pré-départ montré par plusieurs chevaux.

L’entraînement des chevaux domestiques

Certains gens de chevaux croient que, pour obtenir le « respect » d’un cheval et rendre un cheval obéissant aux ordres, la personne le manipulant doit se mettre dans le rang de « l’individu alpha », c’est-à-dire en position de dominant suprême de la hiérarchie sociale. La personne doit être la partie dominante de la relation et le cheval la partie soumise. Même si les chevaux avaient un concept comme la «position de premier dominant » dans une hiérarchie, il est discutable que cette hiérarchie inclurait même les humains (McGreevy et al., 2009). Indubitablement, l’anthropomorphisme (c’est-à-dire notre tendance à transférer des caractéristiques humaines telles que le respect et l’autorité sur le cheval) est en partie à l’origine de ces croyances et de croyances similaires. Cette attitude fait plus souvent de mal que de bien (voir McLean, 2003, pour des exemples).
Dans l’entraînement du cheval, les tentatives de dominer les chevaux encouragent et justifient souvent l’application de punitions. En dehors des possibles effets négatifs sur le bien-être du cheval, la relation de travail plus globale peut aussi en souffrir. La réponse naturelle d’un cheval à un opposant agressif est d’éviter l’individu en s’en éloigner. Si le cheval ressent l’entraîneur comme étant agressif, sa première motivation sera d’éviter l’entraîneur. Par conséquent, il est de la plus haute importance que les entraîneurs, les cavaliers et les gens manipulant les chevaux ne semblent pas agressifs, car cela pourrait déclencher des réactions de peur et d’évitement chez le cheval.

Messages à retenir :

* Les interactions humaines avec les chevaux doivent être fondées sur une compréhension du comportement naturel des chevaux et sur la prise en compte / compréhension de leurs capacités cognitives.
* La formation du cheval doit être menée de manière calme, claire et cohérente, conformément aux principes de l’entraînement en sciences de l’équitation, en utilisant la théorie de l’apprentissage et l’éthologie de manière appropriée. Voir :  www.equitationscience.com/learning-theory-in-equitation 
* Les concepts de hiérarchie de domination, de position alpha et de leadership sont des tentatives faites par les gens pour décrire l’organisation sociale complexe et dynamique des chevaux vivant en groupes sociaux.
* Les chevaux interagissent les uns avec les autres, principalement au niveau bilatéral et non selon un ordre de classement incluant tous les membres du groupe.
* Lorsqu’ils sont placés dans des situations qui nécessitent que les chevaux entrent en concurrence pour une ressource, l’un peut déplacer l’autre. Le cheval déplacé évitera alors l’autre. Le type prédominant de comportement de soumission chez un cheval est l’évitement.
* Une croyance erronée selon laquelle la personne qui manipule et entraîne un cheval doit occuper une position supérieure dans une hiérarchie de dominance (c.-à-d. Dans une position alpha), ou être un leader, peut avoir un effet négatif dommageable sur le cheval, pouvant entraîner un comportement d’évitement ce qui est préjudiciable à l’entraînement.
* La description du processus d’entraînement et des interactions cheval-homme dans le contexte d’une hiérarchie de dominance compromet la création d’une relation harmonieuse avec le cheval et peut compromettre son bien-être.