Pourquoi investir dans vos compétences est si important ?

Être « bon cavalier » ce n’est certainement pas un talent naturel laissé en roue libre. C’est énormément de travail en réalité, en plus d’expériences cumulées, de réflexion sur sa pratique ensuite et d’humilité. Ainsi, un cavalier avec une bonne base ou quelques facilités naturelles de posture ou bien de sensibilité peut rester sous forme d’un potentiel à l’état foetal sans investissement personnel – que personne ne peut faire à sa place.

Les cavaliers internationaux les plus accomplis ne sont pas seulement beaux à cheval, mais ont un grand sens du travail, d’excellents entraîneurs et une compréhension holistique des chevaux et de leur entraînement. On prête beaucoup trop de crédit à des dispositions intrinsèques qui pèsent moins dans la balance que l’attitude face à l’apprentissage et à la performance (qui s’apprend éventuellement !) et le travail quotidien fourni (et pas seulement uniquement en selle, par exemple Catherine Dufour a énormément évolué depuis qu’elle a l’opportunité de monter pour Helgstrand Dressage différents chevaux et qu’elle travaille son physique avec un grand sérieux).

🏆 Prévention des blessures
Le cavalier doit être le meilleur kiné pour son cheval : En développant ses connaissances et compétences techniques, en apprenant comment s’adapter à son cheval et en évitant un travail répétitif et stéréotypé, il doit l’amener à développer son plein potentiel sans entamer son capital santé. Grâce à une équitation qui permet un travail par le dos, le cava lier évite à sa monture des chocs amplifiés sur les articulations basses et ainsi de les fragiliser malgré l’augmentation de la charge de travail progressive. Dans ce but, un cavalier qui monte avec une posture, principalement avec son dos et ses jambes est un point indispensable s’il veut obtenir la même légèreté de son cheval. Un travail bien mené n’a pas peur de demander plus, mais seulement de demander mal à un cheval pas prêt à l’instant T. Les base, des épreuves clubs au grand prix, restent l’essentiel du volume de travail par rapport au travail technique en lui-même !

🏆 Education et leadership : établir une relation positive de travail
Le travail monté fait partie des situations de partenariat avec le cheval tout comme le travail ou les situations à pied. Nombre d’apprentissages se transfèrent de l’un à l’autre parfois de façon inattendue. À cheval aussi, il ne s’agit pas que d’être un cavalier techniquement irréprochable mais de toujours remettre en question ses actions ou exercices successifs comme étant des situations d’apprentissage et de leadership dont le cheval saura tirer quelque chose : de contrôlé et de positif ; ou bien d’incontrôlé et souvent aux dépens du cavalier. En selle aussi, le leader n’est pas le plus agressif du troupeau mais simplement celui qui donne la direction (et le seul à le faire). C’est à lui de déterminer en amont les erreurs qu’il est bon de laisser au cheval de faire, celles qu’il doit ignorer quand ce n’est pas le moment pour, ou celles qui demandent correction immédiate. Ce que vous faites ou ne faites pas participe en temps réel à l’éducation de votre cheval. Grâce à une bonne cohérence, le cheval devient de plus en plus content et motivé au travail et de moins en moins réactif à son environnement (selon sa sensibilité de départ, l’effet peut être plus ou moins évident à discerner). En un mot, les cavaliers apprennent au long de leur carrière à être un bon pédagogue pour l’équidé, et donc à apprendre à entendre comment ils fonctionnent.

🏆 Rester créatif
Prendre les problèmes sous de nouveaux axes est souvent la difficulté des cavaliers qui montent seuls longtemps. Ils tournent en rond, s’ennuient, ennuient leur cheval. Parfois ils savent qu’ils ont – ou leur cheval – certains problèmes, décident d’en ignorer une partie et de « faire avec » comme s’il s’agissait d’une fatalité parce que « je suis/mon cheval est comme ça » ou encore essayent indéfiniment de résoudre tel autre problème frontalement pendant des mois sans succès. Un nouvel angle d’analyse et d’exercices sur des problèmes latents ou enkystés, qui souvent sont des problèmes dans la construction de la base (pas d’inquiétude, ça concerne tous les niveaux !) est souvent salvateur et motivant pour les troupes !

🏆 Techniciser le discours et les ressentis pour les rendre plus utiles
Un cavalier apprend en permanence à affiner progressivement ses ressentis, leurs symptômes en les distinguant de leurs causes (et peut ainsi réagir de façon la plus efficiente possible), mais aussi à techniciser toutes les étapes de son apprentissage ou du dressage de son cheval. Tourner en rond sur des idées délétères et très approximatives (par exemple le fameux « je suis nul/le » ou « j’ai une mauvaise assiette » ) qui ne reflètent pas suffisamment une réalité objective et technique empêchent trop souvent de les résoudre. Augmenter son bagage technique via un/des enseignant/s, du visionnage vidéo, de l’auto-analyse, et des lectures est un apport non négligeable pour sortir de situations qui paraissaient infranchissables.

🏆 Devenir plus juste
Vous l’aurez compris, c’est là où on en vient : plus on se permet de recevoir des input techniques, en renouvelant sans cesse ses apprentissages (quand on n’apprend plus, on ne conserve jamais ses acquis pour toujours !), en remettant en question avec le plus de justesse ses actions et leurs conséquences, avec l’ajustement des ressentis des feedback de son cheval par rapport à un regard extérieur, on se donne une opportunité de monter de plus en plus juste. Il n’y a pas de méthode qui serve de baguette magique qui puisse légitimement prétendre à la perfection à tous les niveaux dès le début de l’apprentissage, sinon, c’est du mensonge alléchant mais éhonté. Ça vous paraît inaccessible aujourd’hui ? N’ayez pas peur de (re)commencer, et sachez qu’on fait rarement d’omelettes sans casser des oeufs. Enfin, tant que les oeufs en question ne restent que de vieilles habitudes (qui viennent parfois juste de paroles trop abstraites lors de leçons que vous n’arrivez pas à appliquer même en les comprenant, ou d’un enseignement manquant de mise à jour ou de technicité) à briser dans la sueur (pour vous, pas trop votre cheval 😉 ), la répétition, et en acceptant surtout que rien ne soit parfait en situation d’apprentissage. La perfection, c’est le but, le chemin lui doit parfois se contenter d’être juste tant que faire ce peut : et ça, ça s’apprend à chacun sa vitesse. Il n’y a pas de honte à commettre des erreurs, ni à n’avoir pas toujours été irréprochable en selle tant qu’on se donne les moyens de faire évoluer la situation jour après jour.

Sportivement vôtre,
Emeline Debuire.